Le choc des générations : De mes hybrides Nikon à l’appareil photo Lumière des années 50

par | Mar 10, 2026 | Divers, La Photographie | 0 commentaires

Un héritage mécanique chargé de souvenirs

L’histoire de cette drôle de machine commence véritablement pour moi en 2020. À la suite du décès de mon grand-père, cet appareil, chargé de souvenirs et d’histoires familiales, m’a été précieusement transmis. Il s’agit d’un Lumière 6.5 x 11, une authentique merveille mécanique tout droit sortie des années 50.

L’avoir entre les mains m’a immédiatement procuré une sensation singulière. Plutôt que de le reléguer au rang de simple objet de décoration sur une étagère, j’ai pris une décision : j’allais le remettre en état de marche pour qu’il puisse, à nouveau, capturer la lumière.

Vous pouvez d’ailleurs retrouver le récit détaillé de cette redécouverte sur mon blog Flotographie.

Le choc des mondes : Nikon Z8 / Z6 III vs Lumière 6.5 x 11

En tant que photographe professionnel de mariage et de portrait, mon quotidien est rythmé par l’utilisation d’hybrides de pointe, tels que le Nikon Z8 et le tout récent Z6 III. Le contraste avec ce vénérable boîtier d’après-guerre est absolument saisissant, et passer de l’un à l’autre exige une véritable gymnastique mentale.

Prenez la netteté, par exemple. Mes boîtiers Nikon accrochent l’œil d’un sujet en une fraction de seconde, suivant le moindre de ses mouvements avec une précision redoutable. Sur le Lumière, la mise au point se fait totalement à l’aveugle. L’œilleton, qui sert uniquement à cadrer, n’est absolument pas connecté à l’objectif. Il faut donc estimer soi-même la distance qui nous sépare du sujet, à l’œil nu, puis tourner manuellement la molette de l’objectif sur 1 mètre, 3 mètres, ou 5 mètres. La moindre erreur d’appréciation, et la photographie est irrémédiablement floue.

Il y a aussi ce rapport au temps et à la quantité qui change du tout au tout. Là où mon Z8 peut figer l’action à des dizaines d’images par seconde tout en sécurisant des milliers de clichés sur son double emplacement pour cartes mémoires, l’argentique ancien impose une rigueur et une patience absolues. Une pellicule insérée dans ce Lumière ne me donne le droit qu’à 4 ou 5 photos au total. Chaque déclenchement, entièrement mécanique, est définitif et coûteux. Il demande de longues minutes de préparation pour avancer le film, armer l’obturateur, estimer la lumière et régler l’ouverture.

Les galères de la remise en route (L’art de la bidouille)

Faire fonctionner une telle antiquité aujourd’hui relève d’ailleurs du véritable parcours du combattant. J’ai eu l’occasion de partager l’étendue de ces galères sur Flotographie, mais le premier obstacle fut tout simplement de l’alimenter.

Cet appareil utilisait originellement du film au format 116, un standard qui a totalement disparu de la circulation. La seule alternative viable consistait à utiliser des pellicules actuelles de format 120, légèrement plus petites, en s’aidant d’adaptateurs spécifiques. Sans ces précieux accessoires lors de mes tout premiers essais, j’ai d’ailleurs dû faire face à d’importantes fuites de lumière qui ont ruiné mes images.

Ensuite s’est posé le problème de l’avancement du film. La « fenêtre inactinique », cette petite vitre rouge située au dos du boîtier censée vous indiquer le numéro de la vue, est placée pour le format 116. Avec mon film 120, les numéros ne tombent tout simplement pas en face. Au début, j’avançais le film à l’aveugle, ce qui a inévitablement conduit à des images superposées. Pour y remédier, j’ai mis au point un véritable système D avec l’aide de mon autre grand-père : nous avons enroulé du papier journal sur la bobine réceptrice pour compter mathématiquement le nombre de tours de molette nécessaires. L’astuce a fonctionné pour séparer les vues, mais au prix d’une perte énorme de surface utile sur la pellicule.

Les derniers réglages avant le grand test

Aujourd’hui, je ne peux pas encore affirmer que l’appareil est opérationnel à 100 %, mais je touche au but.

Afin de pallier cette fameuse perte d’espace sur le film, mon laboratoire partenaire (Photo Studio à Salon-de-Provence) m’a gentiment fourni des chutes de papier protecteur issues d’anciennes pellicules. La semaine dernière, j’ai ainsi pu réaliser des tests « à blanc » beaucoup plus rigoureux pour tenter de déterminer, enfin, le nombre de tours de molette parfait. Mais l’argentique réserve toujours des surprises : même avec cette méthode, j’ai la forte impression que la tension et l’avancement diffèrent en fonction de la marque de la pellicule utilisée !

Habituellement, j’alimente ce boîtier avec de l’Ilford 120 en Noir et Blanc (en 100 ou 400 ISO). Néanmoins, pour mon tout prochain défi, j’ai décidé de tester une pellicule Foma Fomapan Action 120 à 400 ISO, réputée pour offrir un rendu plus contrasté.

Pourquoi toute cette préparation minutieuse ? Tout simplement parce qu’une séance photo avec une modèle professionnelle est actuellement en cours de préparation. Si ce shooting a malheureusement dû être repoussé pour des raisons de santé, il reste bel et bien au programme. Ce sera l’occasion rêvée d’emmener cette machine sur le terrain : en marge de mon travail habituel avec mes hybrides numériques, je prévois de réaliser ces 4 ou 5 clichés uniques avec ce boîtier historique.

Nous verrons si la magie opère et si mes calculs de molette portent enfin leurs fruits. Restez dans les parages, le résultat de cette séance hors du temps sera dévoilé dans l’Épisode 2 !

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